Professeur Philippe Hartemann
Professeur de Santé Publique à l’Université de Nancy
Vice-président du Comité scientifique des risques sanitaires émergents et nouveaux

« En France, il y a une dichotomie entre médecine préventive et médecine thérapeutique »

Quand j’ai choisi de m’intéresser à cette thématique il y a trente ans, cela provoqua la risée de mes camarades de fac. C’est pourquoi je suis ravi de participer cette année au premier congrès européen sur les pathologies environnementales. Les jeunes médecins ne sont pas suffisamment formés sur les thématiques santé-environnement. Localement, des initiatives se développent, mais l’enseignement sur ces sujets reste quasi inexistant en faculté de médecine. Les étudiants qui souhaitent aller plus loin ne le peuvent même pas puisqu’il n’existe pas de spécialité.
En Allemagne, cette possibilité existe : la spécialité en « médecine de l’environnement » y est reconnue par l’ordre des médecins. A la faculté de médecine de Nancy, les étudiants français qui le souhaitent - souvent des biologistes ou des spécialistes en santé publique - peuvent, après leur internat, venir faire un an de spécialisation en partenariat avec une université allemande. Par ailleurs, dans tous les hôpitaux allemands, on trouve une consultation « médecine de l’environnement » dont le rôle est surtout d’intervenir sur le terrain. Quand nous avons proposé ça en France, on nous a regardés avec ahurissement. Car malheureusement, en France, il y a une dichotomie entre médecine préventive et médecine thérapeutique. Choisir la santé publique, c’est s’orienter vers une spécialité dans laquelle je ne pourrai pas pratiquer ni prescrire. Je ne trouve pas normal qu’on fasse une telle différence entre médecins « traditionnels » et médecins « préventologues » alors que nous avons fait les mêmes études.
Je compte beaucoup sur ce congrès qui devraient avoir au moins deux vertus : sensibiliser les professionnels qui ne connaissent pas encore très bien le domaine de la santé-environnement et leur montrer que même si, sur les sujets les plus médiatiques le message est parfois parasité par certains discours militants, le corpus de connaissances sur lequel nous nous appuyons est, lui, bien solide.